Yoga ET Coronavirus

Le Yoga au temps du Coronavirus

On dit que le terme Yoga dérive de la racine sanscrite Yuj qui signifie unir. Il est vrai que l’humanité dans son ensemble est unie dans la souffrance et l’angoisse de cette pandémie. Mais il s’agit plutôt d’une uniformité des situations que d’une unité des personnes. En réalité dans cette situation nous sommes tous pareils mais pas vraiment tous unis.

De nombreux confinés s’organisent, applaudissent les personnels de santé sur les balcons, jouent au foot à la maison avec des rouleaux de papier toilette et vident les magasins de certains produits de première nécessité. Que d’impuissance subie ! N’y a‑t-il aucune alternative ?

Bien sûr on ne peut pas réduire la période actuelle à ça, et puis comment faire pour tromper le temps lorsqu’on passe ses journées dans un minuscule appartement ? Une énergie très grande peut apparaître.

La pratique du Yoga n’échappe pas à certains comportements de confinement avec la multiplication des cours en ligne. Il est vrai qu’en matière de cours sur internet nous ressemblions déjà à des confinés avant la crise qui nous secoue. Plus globalement la dématérialisation poursuit sa course, accroissant la consommation de masse sans prise de risque, sans sortir de chez soi. On consomme du Yoga comme de la farine.

Quelque part notre épreuve met en lumière des aspects majeurs parmi lesquels cette forme d’agitation que nous appelons voyage (qui nous manque tant en période de confinement) et qui répand l’uniformité et la mondialisation jusque dans les minuscules organismes que nos corps abritent, sans oublier bien sûr l’impact carbone désastreux pour la nature comme pour l’être humain. Mais s’il y a voyage, il y a diversité, distractions, nouveautés, grands espaces, dépaysement et anesthésie par rapport aux blessures et souffrances qui nous effraient.

Nous avons aussi pris l’habitude de commander en ligne ce que nous consommons, ainsi il n’est pas utile de sortir de chez soi, de se rencontrer, de se toucher, de se parler en direct. Alors comment l’union peut-elle se faire si nous sommes tous derrière nos écrans. L’autre fait peur dans ses différences et les dangers qu’il représente, alors nous mettons l’autre à distance. Saurons-nous nous retrouver après le confinement, effacer les traces, ou le phénomène de distanciation sera-t-il plus fort encore ?

Mais pas d’inquiétude nous ne finirons pas tous ermites, peut-être serons-nous geek à la place !

Enfin nous sommes violents, particulièrement comme défouloir à nos angoisses et à nos terreurs. La violence intra-familiale dans la période de confinement illustre la présence de la violence au cœur de nos esprits avec les aberrations concernant celle faite aux femmes et aux enfants. Les discours de guerre que nos dirigeants assènent et les décomptes de morts heure par heure entretiennent cette angoisse et favorisent la violence.

La crise finira et le confinement aussi. Nous panserons nos blessures et la vie reprendra avec son incroyable beauté et de nouvelles épreuves à traverser. Comme avant ?

Le confinement actuel pourrait nous apprendre le partage véritable et la recherche intérieure de solutions aux souffrances que nous traversons.

Le partage et la réponse intérieure … que de risques mais quelle aventure magnifique, quels paysages sublimes aussi !

Voici une proposition pour utiliser les possibilités du yoga que ce soient les postures, les respirations ou les concentrations en utilisant la situation que nous traversons pour en faire une superbe opportunité et non un traumatisme. Notons bien que c’est le confinement lui-même qui fait apparaître nos ressources, notre énergie et la créativité dans l’utilisation du yoga. Il ne s’agit donc pas de s’occuper l’esprit et le corps pour ne pas penser au confinement ou à une possible contamination de soi-même ou de ses proches.

Il s’agit bien de voir cette situation comme partie intégrante de nos existences et comme une occasion de nous libérer un peu de l’étau qui nous étouffe bien plus largement que ce virus.

C’est parce que nous sommes tels que nous sommes que le monde est ce qu’il est !

La pratique de ce qui suit ne fera pas des spécialistes du yoga et encore moins des yoginis ou des yogis mais si cela pouvait contribuer à apaiser un peu et à mettre en lumière notre dimension de joie plutôt que notre propension à souffrir, alors le but serait atteint.

Les trois plans de conscience et leur utilisation au quotidien

La conscience physique ou le développement de la présence véritable dans l’acte.

Notre enveloppe physique nous préoccupe constamment et la période actuelle ne va pas le contredire ! A tel point que nous nous identifions strictement à elle sans aucune liberté. L’environnement est vu comme la principale source de danger pour cette enveloppe corporelle. Ainsi nous avons peur des animaux, des autres (presque toujours méchants, bien sûr puisqu’ils sont étrangers), peur du froid et du chaud, peur du silence et du bruit, et enfin peur des virus !  Comme la peur se loge partout, l’activité cérébrale d’analyse et de jugement devient incessante.

Le principal écueil, à cette agitation mentale constante et inconsciente, est de nous rendre absents à ce que nous vivons, enfermés que nous sommes dans nos pensées. S’il est possible de retrouver une vraie présence dans les actes simples de la vie, l’angoisse corporelle décroît. Cette présence s’obtient lorsque ce que nous faisons s’associe avec ce que nous voulons et le courant de nos pensées.

Autrement dit, si on veut vraiment faire ce que l’on fait et que l’activité mentale devient exclusivement concentrée sur le moment présent, alors nous somme présents, alors nous sommes conscients, alors ce que nous faisons est yoga et apporte la joie.

A l’heure où les cours de yoga sur internet se multiplient, le principal, la présence est oubliée. La pratique du yoga redevient une distraction comme une autre et ne permet que de se changer les idées très temporairement.

Voici ce qui peut être fait avec le corps (on l’appelle posture de yoga) durant cette période de confinement. Inutile de chercher des techniques avec des noms en sanscrit ou des positions alambiquées du corps dans ce qui suit, le but est l’essence même de la pratique du Yoga et pas sa forme ou son nom.

  • Le petit moment de calme : ce temps de l’apaisement est indispensable. Le corps est immobile en position couchée sur le dos avec les bras décollés du corps et les jambes légèrement séparées l’une de l’autre. C’est le moment de l’association corps souffle et mental. Enfin les trois se rejoignent ! A quoi bon compliquer les choses, elles sont si simples : un corps consciemment relâché, un souffle régulier avec mouvement du ventre (il se soulève en inspirant et redescend en expirant) et un esprit sincèrement à la recherche de bien-être au présent.

  • Utilisation du corps en recherchant l’intensité maximale dans l’acte et la tension la plus faible possible. Faites ce que vous savez faire soit en vous souvenant de vos cours de yoga, soit lors d’une activité physique quelconque. Ce sera yoga si vous parvenez à maintenir la présence harmonieuse corps-souffle-mental. Cherchez à vous mobiliser totalement dans l’acte, jusqu’à faire apparaître une intensité exceptionnelle (ce que vous vivez est perçu comme très fort) et une tension musculaire la plus faible possible (le moins d’effort possible). Pour obtenir les deux simultanément, il faut déployer des trésors de créativité et d’énergie vitale avec une véritable non-violence.
  • Voyez l’agitation ou l’angoisse lorsqu’elles arrivent et faites quelque chose d’important à cet instant. Quelque chose qui vous donne de la joie et le sentiment d’œuvrer pour le bien de vos proches ou le vôtre. Faites simplement et sans aucune idée de l’importance de ce que vous faites. Faites le plus spontanément possible.
  • Pratiquez ce que vous voulez mais faites-le avec les sensations. Se tromper n’est pas très grave, qu’importe si ce que vous faites n’est pas très orthodoxe, mais donnez l’importance à vos sensations et en particulier à l’axe de votre colonne vertébrale. La colonne c’est l’axe de la vie et nous la connaissons si peu ! On se préoccupe de ses biceps ou de ses abdos-fessiers mais si peu de la colonne vertébrale. Ressentez-là en termes de vibrations et de mouvements, étirez-là et lorsque vous êtes sur le canapé ou derrière l’ordinateur, cherchez le meilleur positionnement possible de la colonne vertébrale. Aucun jugement, seulement des sensations et la recherche des plus grands bienfaits possibles dans les actes les plus simples.

La conscience énergétique ou l’accès à l’énergie de source interne

Développer l’énergie du changement, remettre en question nos modèles sociaux et comportementaux. La pandémie n’a pas à nous faire pointer du doigt ce qui ne va pas chez les autres (les politiques, les systèmes de santé, les moyens d’assistance et de protection des plus démunis), mais à nous faire prendre conscience de nos propres excès, de nos comportements irrespectueux envers la nature et l’humanité. A force de vouloir tout dominer, tout mettre à notre service nous ne parvenons qu’à tout salir. La conscience énergétique ouvre la porte aux émotions de respect, de compassion et d’amour. Dans le moment présent ces qualités semblent peu essentielles. Nous sommes tellement effrayés ! Mais ayons l’honnêteté de reconnaître que JAMAIS ces qualités ne nous semblent essentielles. Ce n’est jamais le moment, on a toujours trop à faire, il y a tellement de choses qu’on voudrait encore avoir, tellement d’excitations à vivre, tellement de combats qu’on a envie de mener, alors la compassion et l’amour !

Pourtant nous disposons d’un formidable outil pour la mise en place au quotidien de la conscience énergétique : notre souffle.

Sa présence permanente dans chaque instant de vie est oubliée, banalisée, négligée. Il est notre bien le plus précieux et l’expression même de la vie et nous tenons cela pour acquis. La fonction mentale se désintéresse de ce qui est toujours là, toujours fidèle et qui apporte constamment la vitalité et la réparation des douleurs physiques comme des souffrances mentales.

Pour développer la conscience énergétique, on peut faire chaque jour les choses suivantes :

  • Prendre le temps de respirer consciemment, non pas en faisant autre chose et de façon distraite, mais avec application, régularité et calme. Quelques minutes deux ou trois fois par jour consacrées exclusivement à la conscience de respirer produisent des effets remarquables. On peut aussi augmenter cette durée mais surtout ce temps ne doit pas devenir un automatisme. Il s’agit de ressentir profondément les bienfaits du souffle conscient sur notre corps par l’alimentation en oxygène et sur notre système nerveux par l’apparition de sensations de bien-être qui prennent la place de l’angoisse et de l’urgence. L’accroissement de vitalité obtenu pourra être utilisé pour se sentir mieux ou pour le bien-être de ses proches et pourquoi pas pour mieux servir dans notre action professionnelle quotidienne.
  • Prendre quelques minutes à accroître la durée d’une respiration complète (inspiration et expiration). On découvrira alors que, non seulement nous disposons d’un outil prodigieux, mais qu’il nous est possible d’intensifier les effets, d’agir directement, en apportant de la lenteur et du rythme au processus respiratoire. Respirez lentement, bougez votre ventre (il doit sortir en inspirant et rentrer en expirant), rythmez votre souffle avec une expiration deux fois plus longue que l’inspiration. En faisant cela quelques fois par jour, on peut mettre à distance la fatigue et l’angoisse. Dans la période actuelle les résultats seront rapides et très bénéfiques et le caractère insupportable de la situation et du confinement sera atténué. Encore une fois, il ne s’agit pas de s’anesthésier mais bien de prendre un peu de distance pour voir clair. Collés aux événements et à l’angoisse de sortir tous masqués, d’être infectés en allant faire nos courses, nous ne pouvons pas voir clair, nous n’arrivons pas à utiliser ce temps de confinement à être utiles et bénéfiques. Quand on ne fait que réagir ou se cacher, on n’est pas libre et pas clair.
  • La conscience énergétique passe aussi par une moins grande obsession du corps fait de muscles, d’articulations, de tendons et d’organes en fonctionnement. Tant que nous sommes confinés, le corps aura moins de possibilités de bouger, de s’exprimer. On peut certes faire du foot avec du papier toilettes, mais on peut aussi amener l’importance de la vie sur un autre plan, moins physique et plus énergétique. Pour cela, on amène les sensations au niveau des vibrations dans le corps plutôt que sur le corps lui-même. On peut placer l’attention sur la circulation du souffle dans la colonne vertébrale, non pas comme élément du corps, mais comme distribuant l’énergie vitale dans tout l’organisme, contribuant ainsi à la santé physique mais aussi au bon fonctionnement du système nerveux. Quelques minutes de respiration consciente avec un mouvement ascendant le long de la colonne vertébrale en inspirant et descendant en expirant produiront des effets profonds de paix et de vitalité. Nous ne sommes pas qu’un corps, nous sommes aussi des énergies que nous pouvons contacter et accroître pour le bien de soi-même et des proches.

La conscience mentale ou la clarté paisible et sans jugement

Ne pas propager l’angoisse, ne pas propager la violence, ne pas s’isoler dans la pseudo-culture Internet et télévision.

La connaissance délivre au contraire. L’étude est un moyen privilégié, une occasion de partager. Plus simplement la lecture d’ouvrages ou d’articles permettant de prendre un peu de distance est particulièrement bénéfique dans cette période confinée.

Il n’y a aucune connaissance véritable dans la propagation des idées angoissées des média à sensation, rien de bon ne peut en sortir surtout si nous les relayons jusqu’à l’intérieur de nos esprits.

L’attitude saine est la prise de distance. Ce qui nous tue et nous avilit plus encore que le coronavirus, c’est l’importance que nous donnons à notre mental frénétique, avide de jugements, de différences, et de séparations les uns des autres.

La conscience mentale est, au contraire, la faculté de distanciation, mais pas avec les autres, avec les idées noires.  Nous pouvons faire les choses suivantes tous les jours :

  • Passer un moment à éprouver la beauté de la nature (que nous puissions la contempler en direct ou la voir sur un écran ou même l’imaginer intérieurement). Ce moment de contemplation permettra l’indispensable prise de distance,
  • Suggérer intérieurement la paix et la joie. Bien sûr certains diront qu’on ferait mieux de fabriquer des masques artisanaux, mais ce n’est pas incompatible. Rien de ce qui sera fait avec l’angoisse au cœur ne sera vraiment aussi utile pour l’humanité qu’un peu de paix et de joie offerts à ses proches ou à soi-même.
  • Renoncer à propager un monde hyper émotif ou tout n’est fait que d’événements choquants et de réactions immédiates ou chacun y va de son témoignage d’évacuations en urgence, de décès de personnes connues, des souffrances en Ehpad ou dans les minuscules appartements des villes. Juste renoncer un peu à cela ne fera pas de nous des insensibles qui se voilent la face mais des personnes responsables qui refusent de propager le virus de l’angoisse, de la terreur et de la méfiance qui pourrait bien être beaucoup plus virulent que celui du Coronavirus (même si ses effets ne se feront ressentir qu’un peu plus tard). C’est une chose que d’applaudir ceux qui prennent des risques pour le bien de tous, mais il est bon aussi de prendre le risque quotidien de rejeter l’angoisse en témoignant d’une clarté paisible offerte à ses proches.
  • Renoncer aux manifestations de violence, d’impatience, de différence avec ceux qui vivent confinés près de soi. La violence commence très vite et elle s’insinue partout sans qu’on s’en aperçoive. Faire le bien autour de soi n’est possible que si on éprouve le bien en soi. Quelques minutes quotidiennes d’une volonté consciente de « faire le bien » en soi seront plus précieuses qu’on ne pense.

La dimension authentique de la pratique du yoga n’est pas de de « faire son yoga », démarche égoïste et amnésique, mais de favoriser, par la Paix et la Joie, l’union intérieure, proche de soi, plus lointaine, et avec le tout.

Pour cela il faut de la force et c’est à cette acquisition de force lumineuse et joyeuse que servent les postures, les respirations, les concentrations et la méditation.

La conscience mentale c’est l’élargissement du mental au-delà de ce qui nous inquiète, nous obsède, nous angoisse et nous terrorise. La conscience mentale est l’utilisation de l’extraordinaire puissance de notre cerveau pour le bien de soi-même et de tous.

Enfin la conscience mentale c’est découvrir que l’être humain a peut-être des fonctionnements égoïstes, violents et lâches mais que ce qu’il est au fond est tout le contraire. Alors favorisons les occasions de vivre ce que nous sommes au fond !

Les épreuves et, en particulier celle que nous traversons, sont des occasions précieuses de valider notre nature lumineuse.

Paix et Joie.

Christian Coupé
AnakhyAshram, un ashram de Yoga en Haute Provence